Plongée aux Bahamas, The Blue Hole
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Plongée aux Bahamas, The Blue Hole




Plongée aux Bahamas, The Blue Hole

Nous sommes sur l’île d’Andros depuis deux jours, la plus grande et la plus sauvage de tout l’archipel des Bahamas. Peu de touristes viennent ici, et nous plongeons deux fois par jour pour explorer les trous bleus nombreux autant à l’intérieur de l’île que sur son pourtour. Hier nous étions dans Guardian’s, le trou que je survolerai dans quatre jours et dont voici la photo aérienne. Splendide plongée que je vous ai déjà racontée ici mais laissez-moi d’abord vous emmener sur un autre site, immense, The Blue Hole. J’en garde un souvenir… mouvementé !

Nous avons plongé ce matin sur un tombant magnifique sobrement appelé The Wall, en nous arrêtant à – 37 mètres de profondeur alors que nous n’en apercevions même pas le fond. En remontant sur la barge du centre de plongée, le Small Hope Bay Lodge, nous avons constaté que la houle s’était levé, que l’Atlantique enflait, nous chahutant telles des boules de billard rebondissant l’une contre l’autre tandis que nous remplaçons nos bouteilles vides par des pleines pour nous préparer à la seconde plongée, quelques miles plus loin.

The Blue Hole est l’effondrement naturel d’un gouffre noyé en mer, et sachant qu’Andros attire chaque année des centaines de plongeurs accro à la grande descente et affiche des records de plongée profonde, l’Homme et Fabien Mellard, notre cameraman sous-marin sur cet épisode des Carnets de Plongée troisième saison, décident d’un commun accord de se limiter cette fois à – 30 mètres maximum. Sage précaution puisqu’en quelques minutes le vent s’est levé et le lagon au bord du trou bleu est totalement démonté. Il me fait penser au lagon de Trou aux Biches au lendemain d’un cyclone. C’est à la fois beau, fort et majestueux.

En attendant que John, notre dive master local, trouve la bouée d’ancrage pour y arrimer notre barge, nous grelottons de froid, trempés par les murs d’eau qui s’abattent sur le plancher avant de rejoindre la mer de nouveau… Sensible au mal de mer, et encore peu amarinée après seulement deux jours de plongée, la nausée monte lentement. Je connais le malaise et m’efforce de fixer l’horizon mais celui-ci s’obstine à monter, descendre, monter, descendre au gré de la barge qui se cabre comme un cheval fou. John a du mal à accrocher le bout à la bouée d’ancrage, mais enfin, nous y sommes et je n’en suis pas mécontente : je sais que deux mètres sous la surface je me sentirai déjà mieux, et je ne suis pas la dernière à me mettre à l’eau !

En surface, gilet gonflé, j’attends qu’on me passe l’énorme batterie que je fixe à l’un des anneaux métalliques sur mon gilet puis le gros phare que j’attrape avec difficulté puisque la petite plateforme de bois manque de m’écraser le crâne au gré d’une vague taquine… Mais très vite, lestée d’un tel poids, je plombe vers le fond pour rejoindre Fabien qui est déjà en position, quinze mètres dessous, en train de peaufiner ses réglages. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Fabien est l’un des plus grands pros de l’image sous-marine à ce jour, et à l’époque il venait tout juste d’être primé d’un Emmy Award à Los Angeles pour ses images exceptionnelles. C’est aussi un excellent plongeur, et un géant, une force de la nature, doué d’une sensibilité et d’une gentillesse naturelles qui font de lui un gentil bougon. S’il me lit, je sais qu’il ronchonnera derrière son écran. Mais je l’aime beaucoup, et il le sait. Fabien est, comme René Heuzey, l’un des rares à pouvoir travailler en parfaite harmonie avec l’Homme ; respect mutuel.

Nous sommes sur l’île d’Andros depuis deux jours, la plus grande et la plus sauvage de tout l’archipel des Bahamas. Peu de touristes viennent ici, et nous plongeons deux fois par jour pour explorer les trous bleus nombreux autant à l’intérieur de l’île que sur son pourtour. Hier nous étions dans Guardian’s, le trou que je survolerai dans quatre jours et dont voici la photo aérienne. Splendide plongée que je vous ai déjà racontée ici mais laissez-moi d’abord vous emmener sur un autre site, immense, The Blue Hole. J’en garde un souvenir… mouvementé !

Nous avons plongé ce matin sur un tombant magnifique sobrement appelé The Wall, en nous arrêtant à – 37 mètres de profondeur alors que nous n’en apercevions même pas le fond. En remontant sur la barge du centre de plongée, le Small Hope Bay Lodge, nous avons constaté que la houle s’était levé, que l’Atlantique enflait, nous chahutant telles des boules de billard rebondissant l’une contre l’autre tandis que nous remplaçons nos bouteilles vides par des pleines pour nous préparer à la seconde plongée, quelques miles plus loin.

The Blue Hole est l’effondrement naturel d’un gouffre noyé en mer, et sachant qu’Andros attire chaque année des centaines de plongeurs accro à la grande descente et affiche des records de plongée profonde, l’Homme et Fabien Mellard, notre cameraman sous-marin sur cet épisode des Carnets de Plongée troisième saison, décident d’un commun accord de se limiter cette fois à – 30 mètres maximum. Sage précaution puisqu’en quelques minutes le vent s’est levé et le lagon au bord du trou bleu est totalement démonté. Il me fait penser au lagon de Trou aux Biches au lendemain d’un cyclone. C’est à la fois beau, fort et majestueux.

En attendant que John, notre dive master local, trouve la bouée d’ancrage pour y arrimer notre barge, nous grelottons de froid, trempés par les murs d’eau qui s’abattent sur le plancher avant de rejoindre la mer de nouveau… Sensible au mal de mer, et encore peu amarinée après seulement deux jours de plongée, la nausée monte lentement. Je connais le malaise et m’efforce de fixer l’horizon mais celui-ci s’obstine à monter, descendre, monter, descendre au gré de la barge qui se cabre comme un cheval fou. John a du mal à accrocher le bout à la bouée d’ancrage, mais enfin, nous y sommes et je n’en suis pas mécontente : je sais que deux mètres sous la surface je me sentirai déjà mieux, et je ne suis pas la dernière à me mettre à l’eau !

En surface, gilet gonflé, j’attends qu’on me passe l’énorme batterie que je fixe à l’un des anneaux métalliques sur mon gilet puis le gros phare que j’attrape avec difficulté puisque la petite plateforme de bois manque de m’écraser le crâne au gré d’une vague taquine… Mais très vite, lestée d’un tel poids, je plombe vers le fond pour rejoindre Fabien qui est déjà en position, quinze mètres dessous, en train de peaufiner ses réglages. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Fabien est l’un des plus grands pros de l’image sous-marine à ce jour, et à l’époque il venait tout juste d’être primé d’un Emmy Award à Los Angeles pour ses images exceptionnelles. C’est aussi un excellent plongeur, et un géant, une force de la nature, doué d’une sensibilité et d’une gentillesse naturelles qui font de lui un gentil bougon. S’il me lit, je sais qu’il ronchonnera derrière son écran. Mais je l’aime beaucoup, et il le sait. Fabien est, comme René Heuzey, l’un des rares à pouvoir travailler en parfaite harmonie avec l’Homme ; respect mutuel.

Lorsque je le rejoins sous l’eau Fabien filme déjà la descente de l’Homme dans le bleu, puis il nous met en scène pour une séquence de déambulation sur le fond de sable à – 20m, couvert de petites gorgones sable à ossature mauve, de coraux de toutes les couleurs, des fonds semblables à ceux des Caraïbes toutes proches. Certains classifient les Bahamas dans les Caraïbes, j’ai du mal à m’y faire, mais visiblement la faune et la flore sont les mêmes. Nous passons donc en rang serré devant l’objectif de Fabien, puis derrière une gorgone filaire au milieu d’un banc de poissons cochers peu farouches et piquons vers le fond dans un bel ensemble jusqu’à – 25m.

De fil en aiguille nous nous faufilons dans des failles en essayant de ne pas soulever le fond crayeux, alors que Fabien se positionne systématiquement face à nous. Je fais de mon mieux pour l’éclairage et j’ai l’impression de ne pas m’en sortir trop mal puisqu’il ne s’énerve pas sous l’eau. Je reçois ses instructions calmes et précises et obtempère immédiatement. Dois-je avouer que je suis impressionnée par le bonhomme ? Oui, je le suis. On m’a tant vanté ses qualités de professionnel que j’ai terriblement peur de décevoir. Et puis c’est le premier Carnets de Plongée auquel je participe en tant qu’éclairagiste sous-marin, le métier est tout neuf pour moi, je découvre. Je suis très habituée à l’éclairage sous-marin pour de la photo, mais rien à voir cette fois puisqu’il s’agit d’image en mouvement… On ne peut comprendre la différence que si on pratique.

Alors que nous nous apprêtons à piquer encore plus bas sur les instructions de Fabien, l’Homme en tête se retrouve face à un magnifique poisson-ange français qui virevolte complaisamment quelques minutes sous l’œil discret de la caméra, jouant de bonne grâce devant le masque de l’Homme, faisant miroiter ses écailles gris argent sous la lumière du phare, puis disparaissant comme il est venu, nonchalamment. L’Homme consulte alors son ordinateur de plongée, je vérifie le mien : nous sommes déjà à – 37 mètres… L’Homme nous entraîne dans une remontée le long de la petite plaine en pente douce qui nous a joué un tour et devant l’objectif commence un bon palmage au milieu des éponges tubulaires jaune vif et des éponges baril mandarine aux flancs rebondis. L’éclairant à contre-jour (c’est-à-dire collée à ses palmes pour que Fabien ne voit que ma lumière qui détache la silhouette), je fais de mon mieux pour suivre sa progression vigoureuse lorsque je le percute soudain : Fabien l’a rejoint en lui faisant un signe de détresse, il n’a plus d’air dans sa bouteille !

L’Homme lui tend son détendeur de secours (le fameux octopus) et Fabien l’embouche fermement tout en agrippant la bretelle de gilet de l’Homme pour rester à proximité. Le secouru se positionne en secourant, étrange image qui me fait sourire… Cela sonne la fin de la plongée bien sûr, mais en regardant de nouveau mon ordi de plongée je constate que nous sommes dans l’eau depuis déjà quarante minutes, occupés comme nous l’étions à filmer la faune et la flore peu exubérantes mais bien diversifiée dans cet ample paysage sous-marin. Le trou bleu est si vaste ici que nous n’en aurons vu que la lèvre supérieure…

Nous remontons au palier et découvrons alors un beau courant qui nous oblige à nous accrocher à – 7 mètres à la corde de la bouée d’ancrage. Je m’amuse une minute à voir mes deux géants si proches l’un de l’autre sur la corde, ils me font chacun un clin d’œil amusé puis nous regardons machinalement vers la surface. Il faut bien occuper les 9 minutes de palier… Mais…

Pour moi, c’est une mauvaise idée : sept mètres plus haut je vois le fond de la barge danser follement en surface et comme nous sommes chahutés au palier, la nausée revient plus vite qu’un barracuda sur une proie ! Je m’efforce de respirer calmement (de toutes façons je suis hyper calme) et de bien expirer. Mais mon estomac se tord, j’ai un premier hoquet que je réprime. Quand je sens venir le second, je sais que je ne pourrais rien faire d’autre que de m’éloigner un peu de mes compagnons pour éviter que…

En hâte je contourne l’Homme qui est à mes côtés pour passer au-dessus de lui. Etant donné ma précipitation soudaine, il se retourne, tend une main vers moi par réflexe et j’ai juste le temps de me détourner pour qu’il ne me voit pas vomir dans mon détendeur !… Enfin, c’est ce que j’aurais aimé. Parce qu’évidemment, le contenu de mon estomac s’envole comme prévu vers la surface, pour le grand bonheur des petits sergents-majors qui nous tournent autour ! Je fais au moins des heureux tandis qu’un second spasme me tord de douleur littéralement. Mais on ne vomit pas sous l’eau comme on vomit en plein air, il faut calculer l’instant avant de se laisser aller. Deux larmes roulent dans le masque tandis que je sens deux mains m’agripper, une à l’épaule, l’autre au poignet. Une minute de détresse sous le regard de deux pros, je n’en mène pas large. Mais ça se calme…

Sans me retourner je fais signe d’un geste que tout va bien et l’une des deux poignes me quitte. Plus que trois minutes de palier… C’est interminable mais je m’obstine à ne plus regarder la surface. Nous montons doucement à – 3 mètres pour attendre patiemment.

Quand enfin nous pouvons remonter nous sommes balayés comme des bouchons en surface par une houle sévère : le plancher de la barge frappe l’eau violemment chaque fois qu’elle retrouve le contact. En moins de quelques secondes je me retrouve à proximité de l’une des hélices du bateau, heureusement au point mort. Curieux, trois secondes plus tôt c’est l’Homme qui se trouvait à ma place !…

John est seul à bord et il a quelques difficultés à maintenir son équilibre tout en faisant ce qu’il peut pour nous aider à remonter. Or, une équipe de tournage sous-marin est plus lente à sortir, du fait du matériel encombrant et lourd. Consciente du danger potentiel, je palme énergiquement pour rester à la hauteur de la coque du bateau et j’approche de l’échelle quand je me sens soudain fortement poussée en avant par le talon de ma palme droite : l’effet propulseur de Fabien qui vient à ma rescousse, son lourd caisson en bandoulière… Agrippée d’une main à un échelon, je fais de mon mieux (avec mes gants) pour détacher le mousqueton qui relie la batterie à mon gilet pour pouvoir me libérer de l’encombrement de mon phare relié à ladite batterie… C’est ça où remonter toute équipée mais c’est littéralement impossible d’autant que j’essaie aussi désespérément d’éviter tout choc brutal sur le phare !

Dans le même temps l’Homme m’arrache mes palmes une à une, ce qui me permet de prendre appui au lieu de glisser sur les échelons et je peux enfin me libérer de la batterie puis du phare que John attrape pour aller le sécuriser en bonne place. J’agripper l’échelle et je me hisse d’un coup pour atterrir brutalement sur les genoux au moment où la barge s’abat sur l’eau après une vague particulièrement traître. J’ôte rapidement mon gilet puis je le traîne avec la bouteille jusqu’au casier qui me permet de la bloquer sur cette saleté de bateau qui continue à danser comme une coquille de noix sur de l’eau en ébullition. Puis je file vers l’Homme qui me tend son phare puis ses palmes et c’est à genoux que j’attends Fabien qui s’approche à son tour. Il pousse son caisson par-dessous tandis que je le hisse au-dessus des flots mais c’est la poigne de l’Homme par-dessus mon épaule qui l’emporte aussitôt vers le poste de pilotage. Fabien jette ses palmes au petit bonheur dans la barge puis agrippe l’échelle et se hisse à bord dans un grand sourire et résume : « p… !« .

Nous nous réfugions tous les trois au fond de la barge, près de John qui vient de détacher la barge de la bouée et tandis qu’il lance les moteurs Fabien me dit finaud « dis-moi ce sont tes œufs brouillés que j’ai vu passer au palier ?… ». Nous éclatons de rire tous les trois puis il ajoute lentement « t’inquiète, c’est le métier qui rentre ! ». Mais quand John lance le moteur à fond, la barge s’élance au-dessus des vagues et c’est le froid qui nous surprend. Nous échangeons un regard puis nous nous jetons sur nos sacs à dos pour y pêcher chacun son K-way et nous l’enfilons par-dessus notre combi 3 mm trempée. Au moins, ça coupe du vent. L’Homme se place devant moi pour faire écran de sa carrure et Fabien me glisse « tu te débrouilles pas mal en lumière, on regardera les rushs ce soir et je t’expliquerai des trucs ». Ca me met en confiance, et puis ça fait plaisir à la débutante que je suis.

Il nous faut vingt minutes pour rejoindre le ponton du centre de plongée. Dès que le bateau accoste, je suis la première à sauter dessus pour retrouver la terre ferme et d’un coup je me sens vidée. Rinçage du matos et des combis, puis nous réintégrons nos bungalows respectifs. Et là… contrariété : alors que, frigorifiés, nous comptions sur une bonne douche pour nous réchauffer rapidement, l’eau chaude tombe en carafe ! Pas d’eau chaude !…

Je râle, je peste, je vocifère… mais je subis le shampooing à l’eau froide (il paraît que c’est bon pour les cheveux mais je n’ai pas apprécié !). Trente minutes plus tard nous filons pour prendre un déjeuner tardif ; je n’ai pas très faim (tiens donc !) et de toutes façons les repas ne sont pas… Comment dirais-je ?… Si les menus se maintiennent et que je vomis un peu chaque jour, je vais rentrer fitness en France !… Ce midi ce sera donc carottes râpées, rillettes de thon mayonnaise (j’adore, c’est monstrueux !) et daube de bœuf au cumin un peu caoutchouteuse… Ce n’est qu’une tasse de chocolat chaud plus tard que je réussirai à me réchauffer. L’équipe terrestre est partie une heure avant notre retour pour tourner des séquences d’illustration dans un village, et lorsque Fabien pose la question d’une troisième plongée pour l’après-midi, nous nous retournons tous les trois vers la fenêtre pour jeter un regard au lagon et… l’Homme annonce « repos pour cet après-midi !« . Ce qui ne fut pas du luxe !

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